fontsizedown
fontsizeup
0 réaction

Billet d’humeur Birmanie : la démocratie ne se décrète pas mais se vit

Première publication le 5 mars 2021

Il y a pratiquement deux ans, jour pour jour, 35 Amicalistes s’envolaient en A380 de l’aéroport Charles de Gaulle à destination de la Birmanie (Myanmar) avec un changement d’appareil à Bangkok.

Le circuit proposé par Syltours devait les conduire de Mandalay, dernière capitale royale birmane, à Yangon, capitale économique et plus grande ville du pays. Il les faisait passer par Bagan, ville magique avec près de 3 000 monuments (pagodes, temples, stûpas), et le lac Inle, paysage plein de poésie de 22 km de long et 10 de large, sur lequel les déplacements ne peuvent se faire qu’en pirogue.

Après son indépendance effective des Britanniques en 1948, la Birmanie devient rapidement une dictature militaire. Le retour à une timide démocratie s’opère au début des années 2010 avec la libération d’Aung San Suu Kyi après 20 ans de résidence surveillée et un prix Nobel de la paix en 1991.

Elue députée en 2012, son parti gagne les élections législatives en 2015 à la suite desquelles sa position peut être assimilée à celle d’un chef de gouvernement. Pas exempt de toute critique, notamment sur son attitude envers les Rohyngias de confession musulmane, les élections de 2021 renforcent néanmoins sa majorité au Parlement et traduisent la soif de démocratie de la population birmane, supérieure à 50 millions d’habitants elle a plus que doublé en moins de 50 ans, l’âge médian est inférieur à 30 ans.

La démocratie ne se décrète pas mais se vit. Il est aisé de comprendre la réaction légitime de ce peuple birman, toutes ethnies confondues, qui, face à ce coup d’état militaire, est prêt à sacrifier sa vie pour ne pas revivre ce qu’il a vécu. Et Dieu sait pourtant comme il est accueillant, avide de savoir et heureux de partager.

Il appartient au Conseil de sécurité des nations unies de défendre un désir de liberté exprimé par les urnes, au risque de se voir taxé d’ingérence dans les affaires intérieures d’un pays membre. La question des droits de l’Etre humain ne doit plus appartenir à un état mais faire l’objet d’un consensus au sein de l’ONU (Assemblée générale du 10 décembre 1948 sous la houlette de René Cassin). Elle devrait aujourd’hui déboucher sur la décision de l’envoi d’une force d’interposition entre l’armée et le peuple que celle-ci est censée protéger. Malheureusement cela restera très probablement un vœu pieux ou alors après combien de centaines, voire milliers, de morts pour réveiller les consciences.

Pierre LEFEUVRE

Voir en ligne : Article lié